
Nombreuses et parfois divergentes ont été les réponses à la question "qu'est-ce que le
luxe pour vous ?" : soit, cela n'est pas étonnant, certains lecteurs de ce blog ayant probablement comme unique point commun d'être, justement, lecteurs de ce blog.
Bref, après avoir "dormi une nuit dessus", comme dit l'expression populaire, j'ai constaté que dans ma perception des choses, le luxe se résumait avant tout à une notion, à savoir "du temps" : pour moi mais aussi pour être avec les autres, qualitativement et quantitativement.
J'ai ainsi décidé de commencer par m'offrir du temps, charité bien ordonnée commençant par soi-même, et je suis allée chez le coiffeur. Attention, pas n'importe lequel, pas celui de la gare, qui vous coupe les cheveux en 23 minutes, avant le TGV de 17 heures, non, celui qui coûte certes deux fois plus cher mais qui coupe deux fois mieux et qui a besoin de six fois plus de temps.
"Alors, à nous deux, Madame Poppins : bon, il faut rafraîchir cette petite coupe et on fait comme on a dit, hein, des petites mèches ?" (c'est fou le nombre de choses qui sont petites chez cet artiste "capillicole").
"Oui Monsieur".
"Bon, alors, on garde la longueur sur le dessus, on coupe dans la nuque et pas trop court juste au dessus des oreilles" (notez la combinaison audacieuse des termes "bon" et "alors", présents pour la seconde fois en deux phrases).
"Oui Monsieur".
"Alors, je vous fais les mèches au bonnet, bon, mais pas trop bas dans la nuque, sinon, ça va faire paquet !" (j'attire à nouveau votre attention sur la nouvelle variante, fort intéressante et complexe dans sa maîtrise).
"Oui Monsieur" (là aussi, à signaler une très importante recherche dans le dialogue, comportant une profondeur insoupçonnée de prime abord, n'apparaissant que lors de la seconde lecture).
Je me suis donc soudainement retrouvée coiffée d'une sorte de bonnet de bain version année 1985, en silicone très épais, bleu flash, parsemé de petits trous, au travers desquelles une coiffeuse - le maître ayant passé la main pour ce travail ingrat - probablement sorcière vaudoue à ses heures perdues, spécialiste des sorts par implantation d'aiguilles, a extrait des mèches de cheveux "attention, Magali, prenez aussi bien les mèches sur le devant, Madame Poppins a un épis juste sur l'avant de la tête".
Ensuite, il a fallu enduire les dites mèches d'une espèce de pâte blanche, empestant à plein nez, rester patiemment assise avec un bonnet noir à froufrou noué par dessus le bonnet de bain bleu durant 45 minutes, avec pour seule compagnie la voix atroce de Florent Pagny et la lecture édifiante de Paris Match... Imaginez ma souffrance et ma solitude ! Mais je tenais bon, j'allais être belle !
Finalement, c'est 60 minutes plus tard que j'ai été priée de me déplacer vers "le bac, je vais vous laver les cheveux, je vais ensuite mettre un petit fixatif, qu'il faut laisser reposer sept minutes".
Ceci chose faite, j'ai eu droit à une crème "vous comprenez, c'est bon pour le cheveu, ça le nourrit" (ici, pas de "alors", à ma grande surprise), laquelle a également dû rester étalée sur "mon" cheveu durant dix minutes.
Opération suivie d'une coupe, "dégagée sur les oreilles mais pas trop, je vous laisse une petite longueur sur le dessus, je coupe dans la nuque alors" et d'un séchage "je fais assez destructuré, d'accord ?"
Ainsi, deux heures trente après avoir franchi la porte, j'ai remis mes lunettes sur mon nez : dans la glace, j'ai vu une femme fort savamment coiffée, la mine sérieuse bien que légèrement incrédule.
Remarquez, ça tombe bien que je ne me sois pas reconnue durant quelques secondes, je peux ainsi faire semblant que cette nana, avec une choucroute sur la tête, c'est pas moi et affirmer que "non, chéri, il doit y avoir une erreur dans les débits sur ma carte bleue, je ne dépenserais jamais un montant pareil pour une coupe de cheveux, voyons" !
Heureusement, je ne m'offre cela que pour Noël : je n'ai pas souvent autant de.... temps ;-)
Et vous, vous pensez quoi de votre tête en sortant de chez le coiffeur ?
A bientôt si vous le voulez bien,