mercredi 1 mars 2017

L'hôorthograff

Je ne garde pas de très bons souvenirs des dictées : écrire correctement "coccyx" n'est inné chez personne je crois. Néanmoins, je fais toujours attention à l'orthographe, même lorsque je rédige un whatsapp, poussant la "pédanterie" jusqu'à l'usage de points virgules dans certains SMS : je n'y peux rien, je reste fidèle à Jean-Pierre Monnier au-delà de sa mort.

Je considère donc qu'une orthographe soignée, c'est comme avoir les ongles propres : plus agréable, surtout pour le destinataire. Et écrire "ce sourire" ou "se sourire", ce n'est tout simplement pas pareil. Profité, profitez ou profiter non plus d'ailleurs.

Avec les années, je suis devenue toutefois plus tolérante avec les erreurs des autres, consciente qu'il est des professions qui ne requièrent que peu de compétences orthographiques mais moult autres que je ne possède pas : chacun ses forces ! 


En tombant par hasard sur ce message, j'ai quand même eu du mal à ne pas suggérer l'achat d'un Bescherelle.

Comment situez-vous votre maîtrise de la grammaire et de l'orthographe ?

A bientôt si vous le voulez bien,

mardi 28 février 2017

Tu sais...

... que tes enfants te manquent terriblement quand tu commences à jouer à "voiture jaune, un point" seule alors que d'ordinaire, tu joues avec tes enfants, surtout sur les longs trajets...

Vivement ce soir qu'ils reviennent !

Et vous, quels jeux partagez-vous avec vos enfants ?

A bientôt si vous le voulez bien,

lundi 27 février 2017

FORTE

Elle s'est assise dans la voiture en claquant violemment la portière.

"Merde, merde, merde et re-MERDE, je suis vraiment une grosse CONNE" a-t-elle hurlé dans l'habitacle : elle n'était capable d'aucune autre formulation, moins vulgaire, à son encontre; exaspérée par son propre comportement, elle a posé les mains et laissé tomber son front sur le volant. 

"Franchement, pourquoi ne suis-je pas foutue de respecter des règles pourtant simples, carrément simplissimes, pourquoi ?"

Et elle de les égrener comme un mantra, les unes après les autres, en boucle, en mettant le moteur en marche.

"Pas de rencart avec les mecs du boulot", chauffage.
"Pas de rencart avec les mecs mariés", ceinture.
"Pas de rencart avec les ex-maris des copines", radio.
"Pas de rencart avec les mecs impossibles", clignotant.
"Pas de...".

Après un rapide coup d'oeil dans le rétroviseur, elle s'est engagée sur la route, souriant malgré tout à l'évocation de la dernière fraction de seconde qu'elle venait de vivre.

Trois bises polies, un dernier sourire échangé. Sincère pour lui, troublé pour elle : il avait suffi de cet instant où il s'était approché pour que son imagination s'emballe au contact de sa joue contre la sienne : "dommage que mon sens de la prudence ne soit pas aussi aiguisé que mes images mentales".

Une nouvelle fois, avec force et moult détails, comme souvent, elle avait eu une sorte de "flash" - "si je raconte ça à un psy, je suis bonne pour la camisole de force" a-t-elle maugréé en accélérant encore, "ce n'est pas pour rien que j'ai opté pour la médecine somatique" -.

Ainsi, lorsqu'elle avait humé furtivement son odeur, l'image de lui la plaquant violemment contre le mur du tribunal - ça ne s'invente pas, sa voiture était garée contre la plus haute instance judiciaire du pays -, son bassin se collant contre le sien, sa cuisse se glissant entre ses jambes l'avait électrisée. Elle avait même eu le temps de sentir, d'imaginer à tout le moins, son sexe, gonflé, dressé, pressé violemment contre son aine. Elle avait aussi cru ses mains posées autour de ses reins et avait rêvé, à la vitesse de l'éclair, de sa langue cherchant avidement la sienne, la bousculant, traduisant la force de son désir.

"Bon vol, demain midi".
"Merci, bonne rentrée".

Gnagnagnagna... Franchement, c'est où, Malabo, hein ? Comme si quelqu'un savait où se trouve cette putain de capitale, comment si quelqu'un en avait quelque chose à secouer des plateformes pétrolières aux larges des côtes d'un sinistre pays africain !

Soupir... il y avait bien quelqu'un : lui. Ce qui le classait irrémédiablement dans la catégorie "mecs impossibles", mention spéciale "à éviter à n'importe quel prix, au besoin en allant souper avec l'administrateur de l'hôpital, pourtant réputé pour n'avoir aucun sens de l'humour et les mains moites".

"Bon vol, bon débarras, oui !" a-t-elle pensé en s'engageant sur l'autoroute déserte à cette heure de la nuit.

Arrivée à la maison, elle s'est plantée devant le miroir de la salle de bain en grommelant : "ma vie est tellement trépidante que là, je vais étrenner ma nouvelle crème contour des yeux, me passer le fil dentaire et aller au lit, merveilleux, vraiment merveilleux !".

N'empêche, elle esquisse quelques petits pas de danse, ridicules, en se brossant les cheveux, parce que la soirée a été délicieuse et qu'elle aime la musique qui passe à la radio; de l'autre main, elle ouvre l'atlas toujours posé sur le  bord de la baignoire "ah, quand même, c'est super loin, la Guinée équatoriale !"

En réalité, que ce soit proche ou pas n'a pas d'importance: "il sera absent durant six semaines et d'ici là, j'aurai eu le temps de me transformer encore davantage en pomme blette et ridée, sauf à trouver très vite un homme qui dispose de suffisamment de connaissances en anatomie pour me procurer une certaine détente du périnée et régions avoisinantes". Probabilité d'une telle aubaine ? Nulle, son emploi ne lui laissant guère de répit, ceci depuis des mois.

Elle soupire, programme son téléphone pour qu'il la réveille le lendemain à 6.45 et c'est au moment où elle s'apprête à éteindre la lumière qu'un message whatsapp apparaît sur son écran.

"Je penserai à toi, demain soir, dans ma cabine, seul sur une banette trop petite".

Elle se saisit prestement de son téléphone, le coup du loup solitaire, elle connaît, elle a déjà donné, merci !

"Bien sûr, bien sûr... Dors bien !" rédige-t-elle presque par réflexe.

"Il est con ou quoi, ce mec ? Il va me lâcher, là ?" se demande-t-elle alors qu'arrive déjà  le message suivant.

"J'ai passé une soirée vraiment agréable, tu es définitivement une femme fascinante : jamais otoscopie, examen neurologique et du fond de l'oeil ne furent plus agréables".

"Même pas original dans ses compliments, c'est dommage, il est plutôt beau gosse, il pourrait faire preuve d'un peu plus d'audace, ça me changerait" se dit-elle en se grattant malgré tout la tête : envoyer paître un homme par lequel on avait envisagé, à tout le moins mentalement, de se faire sauter une demi-heure auparavant sur le capot froid d'une voiture n'est pas un exercice facile alors qu'on a l'entrejambe brûlant et le corps en feu.

Un brin flattée quand même, elle répond par une banalité tout en redescendant à la cuisine pour se préparer une tisane : le souper était vraiment trop salé, n'en déplaise au chef étoilé.

Cinq ou six messages plus tard, elle croit percevoir soudainement un changement dans le ton, une légère modification de l'ambiance jusqu'alors très convenue et convenable.

"Au lieu d'être devant une valise à boucler, j'aimerais être en train de la défaire pour te retrouver".

Elle sourit : elle sait déjà qu'elle va succomber à l'envie de jouer s'il devait avoir le verbe assez leste et le sens de la répartie : elle utilise l'émoticône de l'ange à l'apparence innocente à côté duquel elle écrit rapidement "et que ferions-nous dans ce cas ?"

"S'il me répond regarder les photos enregistrées à 1'870 mètres de profondeur pour préparer la suite du chantier, je l'atomise".

"Une femme spécialisée en médecine hyperbare doit être douée pour faire baisser la pression, non ?"

Elle éclate de rire, son téléphone posé à côté de la bouilloire : "il me cherche, là ou je n'y connais rien aux hommes ! Alors go !" lance-t-elle face à l'évier tout en faisant couler de l'eau chaude dans sa tasse.

"Voyons, tu as une fausse image de moi, je suis sérieuse, pas le genre de femme qui pense constamment au sexe" écrit-elle une fois de retour dans sa chambre à coucher et son thé fumant posé sur sa table de nuit.

"Et quand bien même tu serais déjà de retour, là, prends note que je ne suis pas non plus le type de nana qui serait capable d'aller chez un mec, pour entrer sans sonner, pour l'embrasser sans même dire bonjour, pour ouvrir dans le même mouvement les boutons de son pantalon, pour engouffrer sa main dans son slip".

Elle envoie le message, curieuse de savoir comment il réagira face à un whatsapp aussi direct.

"Dommage, elle me plairait, cette femme".

"Tu voudrais qu'elle fasse quoi, cette femme, ensuite ?"

"Qu'elle prenne mon sexe dans sa main, qu'elle le caresse jusqu'à ce que l'érection devienne douloureuse tout en continuant à m'embrasser, fort, et tant pis si j'ai le support en métal d'un porte-manteau planté entre les omoplates".

"Ne rêve pas, cette femme, elle ne ferait pas jouir un homme aussi vite, elle aurait le sens de la torture délicieuse".

Elle est tellement absorbée par ces messages qui fusent dans la nuit qu'elle en a oublié de retirer la boule qui se trouve encore dans sa tasse : "zut, il est trop fort déjà".

"L'ennui, vois-tu, c'est que cette femme, ça ne peut pas être moi : mon fantasme, c'est de m'envoyer en l'air non pas dans un avion - je serais devenue hôtesse de l'air sinon - mais dans mon bureau, si seulement il avait été assez bien rangé pour pouvoir m'y asseoir dessus après avoir enlevé ma petite culotte".

"Moi, je suis le genre de gars qui sait ranger très rapidement un bureau".

"Dans ce cas, je pourrais alors considérer relever ma jupe, planter mes talons sur la table, écarter les genoux".

"Je prendrais le siège pour m'asseoir face à toi".
"Tsss tsss tsss... Reste d'abord à distance : il y a des choses que je fais très bien seule".

Elle réalise qu'elle est cramponnée à son téléphone, que son trouble va grandissant et qu'elle n'a plus du tout sommeil : elle aura mauvaise mine demain matin à la consultation, tant pis, elle continue.

"Que fais-tu très bien seule ?"
"Ecarter de ma main droite mes lèvres, poser mon index gauche sur mon clitoris".

"J'ai chaud... très chaud" lit-elle comme réponse à son message.
"J'espère bien que tu as chaud : moi aussi" pense-t-elle en riant intérieurement.

"Tu es encore habillé ?" ne peut-elle s'empêcher de demander.
"Oui mais mon jeans est beaucoup trop serré".
"Ouvre-le !"

L'écran reste muet quelques secondes.

"Caresse-toi encore" lui répond-il alors.
 "Oh, tu n'as pas vu que ma chaise de bureau est à roulettes ? Tu ne voudrais pas  glisser jusqu'à moi maintenant ? Poser ta main à l'intérieur de ma cuisse, caresser mon sexe avec ta langue ? Me humer, me sentir, me happer, me sucer ? Enfoncer en même temps tes doigts dans ma chatte, d'abord doucement puis plus fort, toujours plus profondément ?"

La réponse est laconique mais elle lui fait l'effet d'une décharge : "oui... je bande".

Elle esquive par une petite phrase : "l'ennui, vois-tu, c'est qu'au sein de l'équipe du CHU, je jouis.... de la considération de mes collègues".

Sa réponse l'excite encore davantage : "ma langue ne pourrait-elle pas, avec mes doigts, te faire jouir d'abord et tant pis pour la considération professionnelle pendant un moment ?"

Elle jure à nouveau, comme dans la voiture - l'élégance incarnée - MERDE ! Elle donnerait en effet cher pour qu'il soit vraiment devant elle, presque nu, pour presser de ses deux mains sa tête contre sa fente : elle sent son sexe devenir encore plus chaud, encore plus humide.

Elle gémit doucement en se caressant, posant son téléphone à côté d'elle, sur son deuxième oreiller : son désir est déjà tellement fort qu'elle n'a besoin que de peu de temps pour jouir, violemment, sous sa main experte.

L'écran est resté noir, pas de message de sa part "toi, je sais ce que tu fais" est sa première pensée : "je vais te faciliter la tâche".

"Me faire jouir serait en effet moins difficile qu'obtenir la considération d'une équipe médicale : c'est déjà chose faite" écrit-elle malicieusement.  

"Je pourrais maintenant me mettre à genoux devant toi pour faire entrer profondément dans ma bouche ton sexe dur".

"Le lécher ensuite, glisser ton gland entre mes dents légèrement serrées : ma main juste en dessous accompagnerait le mouvement de mes lèvres".

Elle envoie des messages tapés à la hâte, n'attendant pas de réponse : elle devine qu'il se masturbe en la lisant.

"Ta respiration serait de plus en plus rapide, tes mains seraient posées sur ma tête".

"T'entendre gémir de plus en plus fort me ferait ralentir : pas encore".

Elle laisse passer quelques secondes puis reprend : "je frotterais ton dard entre mes seins".

Elle écrit le prochain message moins vite et sourit en scrutant son téléphone : elle connaît assez les hommes pour savoir qu'il n'est pas loin de la jouissance à son tour.

"Ton corps tout entier se raidit, tu fais à nouveau glisser ton sexe dans ma bouche, tu prends ma main pour la glisser sous tes couilles, ton bassin bouge de plus en plus vite, ta respiration est saccadée : je sais que tu vas exploser bientôt".

Elle s'arrête à nouveau : "je vais devoir relire mon code de déontologie, demain, je doute qu'il autorise l'envoi de sextos à un patient venu pour un électrocardiogramme avant un départ à l'étranger pour le compte d'une entreprise de travaux sous-marins".

"Ton corps se tend dans un puissant sursaut et au moment où j'introduis mon doigt dans ton anus, tu jouis, abondamment, dans ma bouche, sur mes lèvres, sur mon visage".

Elle s'arrête et attend.

Moins d'une minute plus tard, elle voit qu'il est en train de taper un message : "à mon retour, j'espère pouvoir te pénétrer et te faire jouir avec ma queue".

"Aucune chance : je serai en Turquie, à Urfa, une mission pour MSF" écrit-elle, lucide à nouveau.

Elle soupire en recevant sa réaction spontanée "j'avais espéré..." : "oui, moi aussi" finit-elle par s'admettre, se contentant de répondre sobrement "une vie entre deux avions est forcément solitaire", sans préciser à laquelle de ces vies elle pense.

Les derniers messages sont empreints d'une forme de douceur que rien ne laissait présager à la lecture des propos jusqu'alors crus : de toute évidence, un corps soulagé ouvre une fenêtre aux émotions, le temps de quelques minutes.

Elle soupire une nouvelle fois sachant les premières lueurs du jour proches.

Elle éteint son téléphone, le branche à la prise à côté d'elle et le dépose sur la table de nuit, devant une tisane devenue tiède : il aura fallu une guerre en Syrie pour qu'elle n'enfreigne pas la règle no 5 "pas de deuxième rencart en cas de violation d'une des quatre premières".

 

vendredi 24 février 2017

Madame Ma Mère

... surnommée MMM est une femme exceptionnelle, faites-moi confiance : je relèverai le seul fait qu'elle ait survécu au fait de m'avoir comme fille, ce qui n'est pas chose aisée vu mon caractère de cochon (mais ne dit-on pas "dans le cochon, tout est bon" ?). 

Depuis peu, j'en suis même venue à considérer qu'elle méritait le titre de "sainte". 

J'ai (presque) 47 ans (ne paniquez pas, vous avez encore le temps de vous organiser pour mon anniversaire, je ferai un billet le moment venu afin que vous puissiez me faire parvenir en guise de cadeaux des billets pour l'opéra, une eau de toilettes, une écharpe en soie, une douzaine de roses et une liste de compliments sincères dans la mesure du possible mais en cas de panne d'inspiration, je prends aussi les parfaitement improbables, les fantaisistes et les inventés de toutes pièces), j'avais 13 ans quand j'ai réalisé cette oeuvre post-moderne, futuriste et déstructurée dans le cadre scolaire (je décode "une assiette en peinture sur porcelaine").

Figurez-vous qu'elle la possède encore, religieusement conservée durant toutes ces années ! 


Du coup, j'ai eu des bouffées d'angoisses : est-ce à dire que je devrai moi aussi garder aussi longtemps les horreurs travaux réalisés par Junior (14 ans), Mini (12 ans) et Tom Pouce (7 ans) ? Je suis à deux doigts de l'agonie, mes fistons étant pétris de qualités mais dotés d'une fibre créatrice "relative"...

Que faites-vous de la production artistique de votre descendance ? 

A bientôt si vous le voulez bien,

mercredi 22 février 2017

Un art

Je ne sais pas vous mais dans mon entourage, il y a plein de gens qui sont
a) doués en cuisine - par chance, ils me font souvent profiter de leurs compétences et c'est bien agréable, mon envie d'aller au-delà de l'oeuf brouillé étant relative malgré mon plaisir de manger
b) doués en décoration d'intérieur : ils savent trouver le tapis qui donne "la touche de couleur" dans la chambre à coucher, ils savent créer un éclairage agréable dans le salon et mettent des bibelots orginaux dans leur salle de bain.

Je me demande juste pourquoi, lorsque je m'essaie à la déco d'intérieur, le résultat est toujours mi-figue, mi-raisin : je n'arrive pas à avoir une "ligne", un "style", mon chez-moi étant certes magnifique mais composé d'éléments disparates, "ça n'a aucune gueule", à mon grand désarroi. 

Je suis actuellement au paroxysme de l'angoisse : je "dois" choisir un canapé, l'actuel avoisinant davantage la planche du fakir qu'un lieu de délassement - il avait le mérite d'être le moins cher au moment de mon divorce et, partant, de ne pas causer d'acidité gastrico-financière à mon banquier -. 

Aujourd'hui, j'aimerais avoir un salon "agréable", "confortable", qui donne envie de s'installer, de rester, le temps d'un café ou d'une soirée, pour discuter ou pour rêver : comment je fais pour être sûre que le canapé (déjà, deux ou trois places, avec des fauteuils ou pas, quelle matière, quelle couleur, avec ou sans coussin supplémentaire) s'harmonisera avec ma table, mes bibliothèques ? 

Par quel magasin commencer ? Tous le même jour pour comparer ou chaque semaine un autre ? Y aller seule ou avec une personne de confiance certes mais qui n'aura peut-être pas les mêmes goûts que moi ? 

Non, franchement, je sais que je suis capable de comprendre la thèse de Béatrice Despland lorsque je trouverai enfin l'énergie de m'y plonger; en revanche, écumer les rayons, ça, je doute être en mesure d'y survivre dignement. 

Je parviens donc à la conclusion que dans une vie antérieure, j'ai été très riche et que je pouvais m'adjoindre les services d'un décorateur professionnel ! 

Soyez sympas, révélez-moi vos astuces déco, elles pourraient m'être très utiles. 

A bientôt si vous le voulez bien, 

mardi 21 février 2017

Décoder

J'ai hésité entre la "lettre ouverte", comme par le passé, et le coup de gueule, la frontière entre les deux étant minces, je le concède volontiers, le résultat étant rigoureusement le même : j'en ai marre. 

J'en ai marre de ces "quelle chance tu as, toi, j'aimerais bien moi aussi pouvoir (à choix) aller à l'Oktogon, partir à Hambourg avec easyjet, aller courir le samedi au bord du lac ou partir en piste avec des copains pour refaire le monde en buvant moult bouteilles de Chianti et en mangeant des spaghettis alle vongole, passer un dimanche complet à regarder deux saisons complètes d'une série à haute teneur intellectuelle, je peux pas, y a Mari et Gosse(s)". 

Ce que tu ne vois pas, toi, c'est que ces sorties, c'est en quinzaine, parce les enfants ne sont pas avec moi mais avec leur père. Bon, c'est le lot des parents divorcés mais tu oublies juste deux ou trois petites choses à ne voir qu'une face de la médaille : il y a un revers. 

Il y a d'abord le fait que outre ma sortie au bain japonais de Yverdon, je suis passée par la case bureau le samedi matin, pour rattraper mon retard - forcément, la séance avec le prof de Junior, c'est à 15h15, il ne peut pas plus tard, "vous comprenez, après, je rentre à la maison" mais c'est bien sûr, moi, je peux en revanche allégrement partir à 14h45 du travail, facile. 

En outre, je suis seule aussi pour décider si oui ou non, là, sur le coup de 23h00, je descends en pédiatrie avec un enfant malade "que faire avec les deux autres, hein, ça, tu te demandes pas, toi, tu les laisses avec le père". 

Je suis seule pour tenir une ligne qui, sur bien des points, n'est pas partagée par le père, notamment en matière scolaire : c'est, comme tout le monde le sait, très confortable pour un enfant d'entendre "blanc" la moitié du temps et "noir" le reste, ça forge le caractère et c'est aisé à gérer pour un gosse de 7 ou 12 ans. 

Tu oublies les heures que je peux passer à essayer d'accorder mon violon avec le père des enfants, qui a d'autres priorités - qu'on ne se méprenne pas, c'est un excellent père nonobstant nos divergences abyssales - au sujet des accès informatiques, sur le choix des activités parascolaires, sur l'orientation professionnelle, la nécessité ou non d'un traitement orthodontique, "trois fois rien, peanuts, vraiment", ça ne me prend pas du tout la tête, j'adore ça, c'est mon côté maso qui s'exprime. 

Etre séparé-e / divorcé-e, c'est aussi manquer la moitié des vacances, c'est entendre les comparatifs incessants des enfants "avec Papa, on va louer une maison avec piscine pour les vacances", je sais, mes chéris, il y a juste que mes moyens financiers n'y suffisent pas, je n'ai pas son salaire mais les mêmes charges", chose que je ne leur dis évidemment pas, je suis maso mais pas sadique, ils sont déjà assez écartelés.

C'est devoir composer avec les commentaires acerbes de Ex-Mari faits devant les enfants à mon sujet et qu'ils me rapportent sans se rendre compte de ce qui se trame.

C'est aussi devoir régulièrement renoncer à des invitations, des formations, des cours parce qu'ils ont lieu "le week-end enfants" et que je ne peux pas les confier une journée complète à quelqu'un d'autre : quelques heures, parfois, ça rentre dans mon budget baby-sitting, au-delà clairement non, sans parler du fait que de toute façon, je ne les vois déjà pas assez souvent à mon goût.

Alors, vois-tu, mes week-ends en quinzaine, j'en profite parfois parce que je sais voir le verre à moitié plein : au lieu de gémir sur mon sort, à te raconter mes misères, je tente de jouir de ces moments pour me recharger les batteries. 

Et quand tu me demandes "alors, ça va ?", je réponds oui parce que dire non ne changerait pas les difficultés mais elles sont là quand même. 

Alors la prochaine fois, au lieu de me dire "quelle chance", donne-toi aussi les moyens d'aller suivre un cours, de partir aux bains thermaux ou dans une ville européenne avec des copines. 

Le "pire", c'est que je serais même prête à te donner un coup de main si tu as des soucis de garde pour ces escapades, tandis que toi, tu ne peux pas, "tu comprends, on monte au chalet, Jean aime aller en montagnes l'hiver, moi j'aime pas trop le ski".

Alors oui, toute situation a un côté pile et un côté face, j'essaie de voir le tien, je l'ai partiellement vécu, essaie une fois d'appréhender le mien. 

PS. Il y a des pères qui pourraient dire exactement la même chose à certains copains, ne voyez pas dans ma posture féminine la volonté d'affirmer que cette incompréhension n'existe qu'à cause de mon sexe !